Un homme en habit recharge sa voiture électrique.

Le véhicule électrique, un premier point de bascule atteint

Par Jean-Pierre Racine, analyste à la Direction de l'intelligence économique de DEC

Les énergies renouvelables et l’électrification des transports poursuivent leur élan, malgré la pandémie. En Amérique du Nord, au fur et à mesure que le véhicule électrique s’imposera, les fabricants automobiles devront mettre sur pied des chaînes nord-américaines de fournisseurs en pièces et composantes nécessaires au véhicule électrique. Le Québec est très bien placé pour en profiter.


Plus d’investissements pour le véhicule électrique

En juin dernier, le président du Conseil mondial de l’énergie, Jean-Marc Dauger, a affirmé que le pic pétrolier avait été atteint. Plus récemment, l’Agence internationale de l’énergie observait que les énergies renouvelables accapareraient 80 % de la croissance de la capacité énergétique, au cours de la prochaine décennie. En septembre dernier, la pétrolière British Petroleum a annoncé qu’elle couperait de 40 % sa production de pétrole et investirait massivement dans les énergies renouvelables. La firme E&B Data mentionnait, dans son infolettre du 9 juillet 2019, que le rapport de force entre le pétrole et le véhicule électrique s’inversait, alors que 40 % des investissements totaux dans l’industrie automobile à travers le monde visaient le véhicule électrique. Aussi, la firme américaine spécialisée dans la recherche sur le capital de risque, Pitchbook, affirmait récemment que le véhicule entièrement électrique était sur le point de dépasser le véhicule à combustion sur le plan des investissements et de la capitalisation boursière aux États-Unis. Ces constats démontrent hors de tout doute que le point de bascule a été atteint en matière d’investissements dans le véhicule électrique.


Des usines américaines orientées vers la fabrication de véhicules électriques

Le fait marquant de l’année 2020 dans l’industrie automobile nord-américaine est la conversion d’usines de l’Ontario, du Michigan et du Tennessee vers la fabrication de véhicules entièrement électriques (les « Factory Zero » de GMC). Dans la foulée de ce virage, les manufacturiers comme Ford et GMC devront mettre en place des chaînes de fournisseurs en pièces et composantes pour le véhicule électrique. Le nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique exigeant un contenu nord-américain de 75 %, il appert que les nouvelles chaînes d’approvisionnement du véhicule électrique seront en grande partie nord-américaines. Le Québec étant avantagé par rapport au reste du continent pour certains éléments liés à l’électrification, d’importantes opportunités émergent donc pour le Québec. Comparativement au véhicule à combustion, le véhicule électrique a des besoins plus élevés en lithium, en cobalt, en graphite, en nickel (+ 140 kg par véhicule), en aluminium (+ 72 kg par véhicule) et en cuivre (+ 41 kg), des ressources présentes au Québec. Les opportunités sont particulièrement alléchantes pour la fabrication de batteries au lithium et ses composantes, les matériaux légers et les moteurs (p. ex. : Dana TM4). Le Québec est également bien positionné dans le développement, la fabrication et la commercialisation des équipements connexes au véhicule électrique comme les bornes de recharge (p. ex. : Addénergie et son usine de Shawinigan).


Le défi du Québec : s’insérer dans les chaînes de fournisseurs

Des PME pourraient ajuster leur production pour saisir les opportunités et s’insérer dans les chaînes de fournisseurs du véhicule électrique comme VERBOM, à Valcourt, en Estrie. Cette entreprise a modifié et modernisé ses lignes de production lui permettant de produire des feuilles d’aluminium pour les véhicules électriques de Tesla (Model X).

Finalement, le Québec compte déjà une filière complète dans le domaine du développement et de la fabrication de véhicules spécialisés de niche comme les autocars (Volvo Nova Bus), les autobus (Girardin et Lion Électrique), les camions (Paccar et Lion Électrique) et les véhicules d’urgence (Ambulances Demers-Braun). L’électrification est déjà bien avancée pour certains de ces véhicules spécialisés et la demande pourrait fortement être dynamisée par des politiques d’approvisionnements publics exigeant l’achat de véhicules électriques dans une optique de lutte aux GES.
 

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